Alors que l’inflation alimentaire impacte les budgets, cuisiner plutôt qu’acheter des plats industriels permet-il de réaliser des économies ? Sophie Drogué, ingénieure de recherche à l'INRAE, et Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, apportent des éléments de réponse.
Avec l'augmentation continue des prix alimentaires, la question se pose : cuisiner des aliments bruts coûte-t-il moins cher que d'opter pour des plats tout préparés ? Ce sujet a été soulevé par Olivia Grégoire, ministre chargée des PME, lors d'une récente rencontre avec des membres de l'Union départementale des associations familiales de Gironde. Face à celle qui a exprimé ses préoccupations concernant les effets de l'inflation sur les familles nombreuses, la ministre a avancé que cuisiner soi-même pouvait être une solution économiquement viable.
Analyse des coûts de la cuisine maison
En 2020, Sophie Drogué a dirigé une étude au sein de l’INRAE pour comparer le coût des plats faits maison et des plats industriels. L’équipe de recherche a ciblé 19 plats populaires des Français, comme la quiche lorraine et le gratin dauphinois, pour évaluer les prix des marques de distributeurs telles qu’Auchan et Carrefour. Ils ont pris en compte non seulement le prix des ingrédients, mais aussi le coût de l’énergie utilisée pour les cuisiner, ainsi que le temps nécessaire, estimé à la valeur d'un commis de cuisine.
Selon leurs résultats publiés dans la revue Public Health Nutrition, acheter un plat préparé de quatre portions coûtait environ 60 centimes de plus que de le cuisiner soi-même. Bien que l’option maison puisse offrir des économies, l'écart financier n'est pas conséquent. Sophie Drogué souligne que se tourner occasionnellement vers des plats industriels ne devrait pas être synonyme de culpabilité.
Réflexion sur la nutrition
Mais qu'en est-il des plats industriels en matière de nutrition ? Mathilde Touvier, de l'Inserm, rappelle que tous les plats préparés ne sont pas à proscrire. Beaucoup sont comparables à des recettes maison, mais attention aux plats ultratransformés. Ces derniers, riches en additifs nocifs, peuvent être responsables de divers problèmes de santé.
Pour faire des choix éclairés, il est conseillé de se fier au Nutri-Score, qui évalue les qualités nutritionnelles des plats. De plus, un nouvel étiquetage, prévu pour 2024, sera en place pour signaler les produits ultratransformés. Toutefois, Mathilde Touvier insiste sur l'importance de lire les listes d'ingrédients pour mieux comprendre ce que l'on consomme.
Stratégies en cuisine : la cuisine d’assemblage
Pour cuisiner de manière efficace, Sophie Drogué recommande la cuisine d’assemblage. Par exemple, en achetant une pâte feuilletée, il est possible de préparer soi-même la garniture, savourant ainsi les bénéfices d’un plat fait maison sans y investir trop de temps. Par ailleurs, durant leurs recherches, l’équipe a constaté que certains produits, comme les lentilles en boîte, sont bien plus chers que les versions brutes, tandis que des solutions industrielles, comme la purée, peuvent coûter moins cher que faire soi-même.
Mathilde Touvier ajoute que le rythme de vie moderne pousse souvent vers des choix rapides, nécessitant parfois des options industrielles. C'est pourquoi la communauté scientifique encourage les industriels à développer des alternatives plus saines. En résumé, il est essentiel de trouver un équilibre sans culpabilité entre le fait maison et les solutions pratiques.







